Signac est âgé de soixante-cinq ans lorsqu’il prend, en 1929, le large à bord d’une Citroën pour un long périple de deux ans. L’objectif ? Exécuter deux aquarelles des plus importants ports français. L’une pour lui-même, l’autre pour Gaston Lévy, qui finance l’expédition. L’aventure qu’entreprend alors Signac ne fera pas long feu et le mènera d’un bout à l’autre de son pays. La série d’aquarelles qui en résulte est absolument sompteuse. Révélé par Marina Ferretti Bocquillon en 2000 seulement, ce précieux ensemble était à voir cet hiver au Musée Malraux du Havre et est présenté, depuis le 12 février et jusqu’au 22 mai 2011, dans le merveilleux cadre qu’offre le Musée de La Piscine de Roubaix. Là encore, il y a de l’eau.
Le catalogue de cette exposition, qui a tout de même relevé la gageure de réunir une très importante partie de la collection Gaston Lévy et des œuvres de la succession Signac, est publié par les éditions Gallimard et recèle de petites découvertes des plus apétissantes. Après une présentation fouillée du projet de Signac, de sa rencontre avec l’homme d’affaires qui deviendra son mécène, à la réception des aquarelles de ce tour de France, le catalogue présente les 89 peintures de la série des Ports-de-France réunies pour l’exposition.
Suit une étude sur les peintres de la Marine au XIXe siècle, qui n’est pas dénuée d’intérêt, d’autant plus que Signac sollicite et reçoit ce titre en 1915. Ce texte précède une série d’œuvres, dont certaines ont été intégrées à l’exposition sur les ports de France, de la production du peintre, qui ne sont autres que des marines et des vues de ports, à l’huile, à l’aquarelle ou à l’encre brune, qu’il exécuta avant son périple et qui lui permirent d’accéder au titre de « peintre du département de la Marine ».
Une dernière section vient clore le catalogue, en s’intéressant à Vernet, un « précédent » qui, de 1753 à 1765, réalise une série de vues des ports de France, composée de quinze tableaux de format imposant, commandés par l’Etat. L’intérêt de ces deux dernières études est majeur dans l’économie du livre puisqu’elles proposent un kaléidoscope de la production de marines avant Signac, des peintres classiques – comme Le Lorrain – à Eugène Boudin, en passant par Turner, Jongkind et Corot. L’éclairage qu’apporte cette promiscuité avec l’histoire de l’art est fort bienvenue, tant la peinture de marines occupe une place importante dans l’histoire de France comme dans la succession des mouvements artistiques du XVIIIe siècle à Signac.
Bernard Vicq
Collectif, Signac. Les Ports de France, Gallimard, 222 pages, 35 €


