Vous avez suivi les cours de l’Institut Littéraire Suisse à Bienne, que vous a apporté cette formation? Quelles qualités reconnaissez-vous à cette école ?
L’Institut Littéraire n’est en aucun cas nécessaire au métier d’écrivain. Je vois plutôt cette école comme une occasion de consacrer trois ans à l’écriture, tout en étant accompagnée et encadrée. Dans mon cas, ce temps à Bienne m’a permis de rédiger des textes que je n’aurais jamais écrit sinon, faute de concentration de ma part, ou d’encouragements de professeurs et d’amis exerçant le même genre d’activité.
Mais la principale qualité de cette école reste pour moi le fait d’encourager chaque élève à débattre, avec ses collègues, de sa relation à l’écriture, de rendre sociale une activité sinon très solitaire. Evidemment, au fils des trois ans de formation, les élèves parviennent à se former un réseau, notamment avec des auteurs et des critiques : les éditeurs habitués du lieu sont pour la plupart alémaniques (comme Urs Engeler). Mais il faut garder à l’esprit que les maisons d’éditions publient des ouvrages parce qu’elles jugent qu’ils sont de qualité, non pas parce qu’ils ont été écrit dans une telle ou telle école. Il en va de même pour les critiques : l’Institut littéraire ne cherche pas à favoriser le copinage, mais la prise de contact.
On a l’impression que dans votre livre, Anatomie de l’hiver, vous avez accordé une importance particulière, au style…
J’ai cette idée que le style, parfois plus que le scénario, parvient à porter une histoire. Du moins, il en donne le ton : un certain rythme favorise telle émotion, une ponctuation bien maîtrisée est propice à une atmosphère qui saura mettre en avant les traits de caractère d’un personnage. Les ambiances sont, dans certains contextes, plus importantes que les actions. J’ai beaucoup travaillé ce genre d’effets : mon roman est finalement une remise en question de plusieurs personnages, dans un lieu qui n’aime pas les changements. J’ai donc cherché à faire prévaloir les émotions. De même, les métaphores, souvent utilisées dans mon texte, me tiennent à coeur : elles permettent de visualiser des impressions, de mettre des images sur des situations, pour les contempler d’un autre angle. En utilisant ce genre d’outils, j’ai voulu dresser un portrait d’un lieu, d’une saison, encore plus qu’écrire une histoire.
Parlez-nous de votre premier roman, Anatomie de l’hiver. On y sent l’importance de la nature et de votre région, y a-t-il également dans votre livre une part autobiographique, si l’on pense à la fuite de Michaël ? Ne craignez-vous pas que cette omniprésence de la nature ne catalogue votre roman de « suisse » ?
Mon roman n’est pas autobiographique, si ce n’est que je reprends la géographie de la région dans laquelle j’ai grandi (Jura bernois) et des ambiances villageoises que j’ai connues. J’avais toujours eu envie d’écrire sur mon village, en particulier pour sa proximité d’avec la forêt et ses paysages. Cela en fait-il un roman suisse ? J’espère que ce n’est pas le seul qualificatif qu’on lui attribuera. Car en reprenant ces quelques éléments vécus, j’ai voulu donner à mon livre l’épaisseur que peut donner l’évocation de la nature. Dans mon roman, la plupart des personnages cherchent à s’y retrouver, sans y parvenir vraiment. Elle leur échappe régulièrement, les observe de son côté, comme ces renards, toujours présents, guettant en marge de l’histoire. J’ai beaucoup aimé évoquer ces images. Cependant, je pense que pour un prochain livre, je m’aventurerai sur un autre terrain. J’ai envie de voir d’autres choses, de créer des personnages qui fonctionnent différemment.
Propos recueillis par Elodie Paupe
Elisabeth Jobin, Anatomie de l’hiver, L’Aire, 30 CHF


