Les Lettres & les Arts
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“Efficace est mon action”

C’est l’histoire d’une toute petite enseigne, bronze et latin, le long de la pentue Rue du Château, à Neuchâtel. Et comme, précisément, elle a de l’histoire, elle remonte à bien avant son apposition, et se ramifie loin, dans la discrétion des grands espaces.

Jean-Jacques Eigeldinger nous propose une vue en plusieurs axes du galeriste : on parcourt cet ouvrage comme on secouerait un kaléidoscope : ce qu’on voit est varié, comme dépourvu de liens, mais né des mêmes premiers éléments et embelli de hasards qui vont tendent vers le beau. Dans un premier temps, une brève biographie nous présente l’homme. François Ditesheim ; des parents aux expositions des dernières années. S’y côtoient les peintres, sculpteurs – et littérateurs : Chappuis, Bonnefoy, et Paul Celan, dont l’épouse, fameuse graveuse, reste une merveilleuse pierre de touche pour l’établissement. Dans un deuxième temps, un entretien avec l’homme fêté nous brosse un portrait de caractère. Suit, troisième temps, un texte du réalisateur Junod : autre lieu, autre espace créatif, autres présences inattendues.

Enfin, Ditesheim reprend la parole, obliquement à nouveau : une riche anthologie de ses trésors d’élection, conservés de ci et de là dans le monde, accompagnés d’un bref commentaire conclut l’ouvrage. Suivent quelques souvenirs, des lieux de mémoire, des rappels qui fusent au hasard du plaisir remémoré. Ce qui peut s’apparenter à un caprice fait ici le plus grand des plaisirs : un jugement éclairé rendant un verdict personnel. Moins qu’une vérité, ce qui réjouit, c’est la restitution indirecte d’une âme établie. On lit cela comme si l’on était introduit dans une Université buissonière.

L’auteur, musicologue, fin connaisseur des plasticiens et des littéraires, également fils du bien connu poète et analyste littéraire Marc Eigeldinger, a pu connaître très tôt le galeriste installé à Neuchâtel. Il ne s’agit pourtant pas d’une vaine et énervante tentative de glorification d’un villageois à un autre ; mais d’un véritable hommage passant par deux véritables points de lumières sortis, par un sincère hasard, de ce petit coin de brume sombre. À l’époque de la ville  mondiale, voilà quelque chose de rassurant. En cette période du millénaire de la cité neuchâteloise, nous souhaitons un rayonnement de même durée à des individualités certes d’une contrée provinciale, mais qui rayonnent avec la véritable indépendance, la simple authenticité des amis de l’esprit et des formes.

Jonathan Wenger

Jean-Jacques Eigeldinger, Parcours d’un galeriste : François Ditesheim, Genève, La Baconnière Arts, 152 pages, CHF 44.–

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