Le chemin qui mène à Venise – nombre de voyageurs semblent l’ignorer – est bordé de plusieurs villes, distantes de quelques dizaines de kilomètres seulement, qui semblent, malgré les 150 ans d’unité politique, vouloir rivaliser et se surpasser en beauté, en prestige et en richesse artistique. Pourquoi ne pas avoir ouvert les grands axes de communication aux abords de centres tels que Vérone, Vicence, ou encore Padoue afin qu’ils ne soient pas négligés par les touristes culturels pressés de rejoindre la ville lagunaire ? Comment passer à côté de bijoux comme « La Rotonda » aux confins de Vicence, un des plus beaux fleurons des villas du grand architecte de la Renaissance Palladio, ou la Capella degli Scrovegni et ses fresques de Giotto ?
Une autre ville, également sous domination vénitienne depuis 1428, et qui vaut le détour, est Bergame dont le paisible centre historique, la città alta, domine fièrement les quartiers plus modernes situé dans la plaine, la città bassa, plus agitée, mais qui abrite également une vieille ville. C’est là pourtant, en bas, que se trouve une des institutions qui fait rayonner la ville bien au-delà des frontières provinciales, à savoir l’Accademia Carrara, une des collections de peintures italiennes (et quelques étrangères) des plus prestigieuses du Nord de la Péninsule, abritée dans un palais néoclassique très sobre, qui, hélas, se trouve actuellement en rénovation.
Ce qui ailleurs entraîne souvent des fermetures quasi éternelles est, à Bergame, l’occasion d’exposer un florilège des tableaux dans un cadre plus élevé et une lumière nouvelle, à savoir dans le Palazzo della Ragione situé, quant à lui, dans la città alta, juste à l’avant de la magnifique Capella Colleoni. Ce déménagement assez expérimental – car le siège de l’Accademia habituel reste certainement le lieu le plus adapté – se révèle être une véritable réussite, tant les tableaux sont mis en valeur par la lumière et le caractère aérien de l’espace de ce magnifique broletto, ancien hôtel de ville, comme on en voit souvent dans la région. Outre les tableaux et leurs créateurs – Giovan Battista Moroni, Giovanni Bellini, Bernardo Strozzi, pour n’en citer que trois –, ce sont trois grandes figures du collectionnisme italien que l’exposition cherche à mettre en avant ; à commencer par Giacomo Carrara (1714-1796), à l’origine de l’Accademia, qui a consacré une grande partie de sa vie à partager sa passion pour l’art et à mettre en avant les vertus de la formation (rappelons que l’Accademia est également une école), Guglielmo Lochis et Giovanni Morelli, deux autres grandes figures du collectionnisme italien qui ont légué leur collection respectivement en 1866 et 1891. Ces noms ne sont en fait que les exemples les plus importants d’une tradition sans laquelle l’institution n’aurait probablement jamais atteint un tel rayonnement, le dernier legs, de Federico Zeri, datant de 1998.
Si Bergame et son irremplaçable Accademia sont parmi vos prochaines destinations, mieux vaut attendre la réouverture. Mais si vous êtres de passage dans cette cité lombarde encore en 2011, ne craignez pas la montée dans la città alta pour faire un tour dans cette belle exposition, que nous devons aux soins de Mario et Tommaso Botta.
Renato Weber
Vincere il tempo. I collezionisti : la passione per l’arte e il dono alla città. Accademia Carrara – Jusqu’à fin 2011
Le site Internet (en langue italienne) : www.accademiacarrara.bergamo.it
Image : Giovan Battista Moroni, Ritratto di bambina di casa Redetti, Raccolta Guglielmo Lochis. © Accademia Carrara


