Nombreux sont les récits historiques qui émanent de personnes engagées et plus particulièrement de figures politiques directement concernés par les faits contés. Si La République des catacombes retrace le parcours politique de Jean Moulin, un éminent Résistant de la Seconde Guerre Mondiale, elle prend un angle indirect tout à fait original et passionnant. Daniel Cordier, l’auteur de ce livre, n’occupait ni plus ni moins que la fonction de secrétaire de Jean Moulin et organise son récit de façon à nous plonger dans son quotidien.
Dans
toute l’Histoire de la République française, Jean Moulin demeure une figure incontournable : celle d’un homme qui, en milieu hostile, a tenté de rassembler des identités de différentes convictions afin de porter bien haut les couleurs de la liberté et de l’égalité, deux des trois devises de la République. Et son pari fonctionna pour le bonheur du Général de Gaulle qui le prit sous son aile. Le célèbre résistant sut effectuer un travail de mobilisation remarquable pour donner un élan considérable à ce mouvement de résistance qui a incontestablement freiné et perturbé l’expansion massive du nazisme hitlérien. Bras droit du Général qui s’activait sur tous les Fronts pour sauver les fondements de la République, Moulin reprit le flambeau que lui tendit de Gaulle pour mener « la République des catacombes », expression qu’utilise Daniel Cordier pour retracer le quotidien de la Résistance. Cet historien, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale, émit le souhait de retracer la mission confiée à Jean Moulin, son engagement sans faille durant dix-huit mois d’Occupation.
L’ouvrage, par sa longueur peut certes freiner l’ardeur des plus férus d’Histoire. Or, il focalise l’attention du lecteur de façon envoûtante. Il s’agit notamment, au travers de différentes missions menées par Jean Moulin, de retracer le périple de cet homme qui tenta de motiver une petite armée résistante face à une armada destructrice. Certes, un certain ancrage historique paraît nécessaire pour aborder cet ouvrage très technique et peut-être un peu long pour l’esprit peu affûté historiquement. Mais son angle d’approche original permet un détachement. Daniel Cordier se refuse à tarir d’éloges son ancien « patron » et procède à une démarche d’historien irréprochable. D’innombrables lettres d’archives sont présentées à travers l’ouvrage. Le lecteur ressent derrière chaque dépêche présentée l’esprit d’un fervent patriote soutenu par un secrétaire à la plume convaincue. Dans ce premier tome, l’historien s’intéresse à la fonction de Moulin, à savoir délégué personnel du général de Gaulle. Daniel Cordier nous dévoile les dessous de l’unification d’une résistance intérieure qui voguait entre confiance et tromperies. On y retrouve des personnages-clés de cette période comme le colonel Passy qui donna, un temps soit peu, du fil à retordre aux plans de notre héros. Le procès de René Hardy qui alla dans un second temps révéler les enjeux de la Résistance est décrit avec une précision déconcertante.
En somme, cet ouvrage destiné aux connaisseurs nous plonge dans les abysses de la Résistance et il permet au lecteur de se retrouver au premier plan des combats menés, des larmes versées et des révoltes amorcées par le défenseur de la République, Jean Moulin. Sa lecture requiert des bases solides de la période 1939-1945, ainsi que des fondements de la Résistance.
Michel Leoni
Daniel Cordier, Jean Moulin : la République des catacombes Tome I, Gallimard, « Folio Histoire », 976 pages, 12,50 €


