On sait depuis 1958 que « l’Histoire commence à Sumer », pour reprendre le titre de Samuel Kramer ; les découvertes que permirent le déchiffrement des cunéiformes, comme, notamment, la révélation des origines mésopotamiennes du mythe biblique du Déluge, firent croire que des bouleversements sans précédents et sans nombre étaient encore à attendre.
Cependant, le public ne perçut plus de révélation de cette ampleur. Le champ d’investigation était-il clos ? Non. Mais plus jeune et moins visible, il est bienvenu que cet ouvrage nous présente les enjeux actuels de ses recherches.
Au fil des neuf contributions rassemblées, nous sommes introduits à divers problèmes actuels de l’étude des écritures anciennes ; mais plus que de simples points de spécialistes, chaque auteur en profite pour nous faire voir en filigrane l’ensemble de son terrain. Ainsi Marc Thouvenat, dans « Emergence de l’écriture aztèque », nous montre les calculs et hypothèses auxquels peut réduire le manque de sources (dans le cadre de sa contribution, du à la conquête espagnole) ; Asko Parpola, dans « L’écriture oubliée de la vallée de l’Indus », présente une nouvelle situation champollionesque, celle d’une écriture quasi indéchiffrable à l’heure actuelle, faute de « parents linguistiques » connus ; mentionnons encore l’article du maître d’œuvre, l’égyptologue Pascal Vernus, qui nous présente le serekh, ancêtre du hiéroglyphe, sorte de « chaînon manquant » entre le pictogramme et le signe arbitraire. J’en passe – et d’excellentes.
Ces quelques points choisis dessinent un itinéraire pertinent : enquête historique, linguistique et philologique en Asie, Moyen-Orient et Amérique. Le paysage de cette discipline est encore loin d’être cartographié avec précision, et c’est une prouesse que de l’illustrer aussi judicieusement.
Contrairement à ce que la première contribution pourrait nous laisser croire, la lecture de ce volume n’est pas réservée à une poignée d’initiés : qui a quelques notions d’histoire antique et d’archéologie est pédagogiquement guidé dans le sujet. C’est d’ailleurs le seul défaut de composition du volume que d’avoir placé en première place l’unique texte inutilement exigent. Qu’on le dépasse ou l’ignore, et l’ouvrage servira d’aussi bon manuel d’introduction que d’état de l’art.
Jonathan Wenger
Les premières cités et la naissance de l’écriture, actes du colloque du 26 septembre 2009, sous la présidence de Pascal Vernus, Actes Sud et Alphabets, 205 pages, 24 €


