Nous vous connaissons pour vos romans, Rapport aux bêtes et Efina, mais également pour vos écrits radiophoniques, comme Quand Mamie, paru cette année. Autant dans le fond que dans la forme, vos textes ne se ressemblent pas. D’où vient une telle diversité ?
Oui c’est vrai, je suis très curieuse de nouvelles formes et de nouveaux thèmes. La curiosité est un moteur dans mon écriture. J’aime aller vers le neuf et vers ce que je ne connais pas, cet inconnu me tire en avant. L’écriture est un jeu et j’ai envie d’essayer toutes sortes de choses. Les textes que vous citez sont en effet différents, cette diversité est née naturellement. Il faut dire qu’ils ont été écrits à des années d’intervalle. Mon regard et mes envies changent beaucoup. L’écriture n’est pas figée, c’est un processus.
Comment concevez-vous un texte ? Quels chemins empruntez-vous ?
En général, mes textes naissent d’une image qui vient aussi en mots. Cette image me frappe. Elle contient déjà la direction que va prendre le texte et la tonalité qu’il aura. Mais il faut que je me mette à l’écrire pour en découvrir les détails. La plupart du temps, je garde cette image dans la tête quelques jours ou semaines, avant de la mettre par écrit. C’est une sorte de mise à l’épreuve, pour vérifier qu’elle soit assez vivante. Le déroulement de l’intrigue se dessine au fur et à mesure. Je ne fais pas de plan et ne force pas les choses, je suis un fil qui se dévide. J’essaie de laisser à cette matière le maximum de liberté. C’est pour ça que je ne m’impose pas d’horaire spécial ou de discipline pour écrire.
Vous avez dit, lors d’une lecture d’Efina, que vous ne souhaitiez initialement pas écrire un roman d’amour, que l’idée vous faisait « peur ». L’écriture est-elle pour vous un moyen d’exorciser vos craintes, de « braver l’interdit » ?
Non, il n’y a pas pour moi d’interdit dans l’écriture. J’avais très envie d’explorer le thème, mais j’étais bien consciente des clichés que peuvent comporter les romans d’amour et je me demandais si j’arriverais à éviter le mièvre. C’est pour cela qu’au départ, j’avais même décidé d’explorer la relation entre un homme et une femme qui ne serait pas une relation amoureuse. Je pensais à toutes les histoires d’amour racontées depuis la nuit des temps. Ma question était : pourquoi toujours des histoires d’amour ? Peut-on raconter autre chose entre un homme et une femme ? Ensuite, j’ai voulu examiner cette relation amoureuse au microscope et la montrer sans l’enjoliver: avec ses ratés, ses doutes, ses flambées, ses rejets. Finalement, j’ai écrit un roman où l’amour rate sa cible ! Et cette peur du cliché que j’avais avant d’écrire s’est retrouvée dans les deux personnages : tous deux n’arrivent pas à vivre un amour vrai, parce qu’ils se cramponnent à leurs idées reçues sur l’amour. Ils attendent tous les deux leur prince ou princesse charmants.
Vos romans ont été publiés chez Gallimard et votre dernière parution, Quand Mamie, chez Zoé. Quel est votre rapport avec les éditions suisses ? Y a-t-il une relation plus intimiste dans une plus petite maison d’édition ?
Que la maison soit grande ou petite, c’est d’abord un contact avec une personne, et ce contact peut être tout aussi personnel dans une grande maison. Je vois des différences au niveau de la rapidité des décisions et de la publication : tout prend plus de temps dans une grande maison.
Propos recueillis par Livia Lüthi
Noëlle Revaz, Quand Mamie, miniZoé, 64 pages, 3,50 €
Photo : © Catherine Hélie / Gallimard





