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Entre deux mondes

Dendo est comblée. Seydou, l’homme qu’elle désirait tant, est devenu son mari et une délicate complicité s’est établie entre eux, au fil des histoires qu’ils se lisent à haute voix. Dans quatre mois, elle donnera naissance à leur premier enfant, mais à peine sorti de l’échographie, Seydou se retrouve poussé sous les roues d’un camion par deux inconnus enturbannés. Inconsolable, Dendo refuse toute réparation que lui propose la famille du camionneur et fait le serment de démasquer les assassins. Par souci de survie, elle se prostitue puis devient une mosso, redoutable femme d’affaires pratiquant le trafic de voiles, de médicaments et de drogues, voyageant entre le Tchad et l’Europe, entre la terre des réalités et la terre promise. Poussée trop loin par son envie de « manger la vie », Dendo finira sur les bords du Léman, prisonnière d’une attente qui s’éternise sans laisser entrevoir d’issue.

Mosso est avant tout un récit de l’entre-deux. Tous les personnages de Nétonon Noël Ndjékéry passent par une période de transition et d’incertitude, que ce soit vis-à-vis de leurs sentiments ou de leur futur. Même mort, Seydou flotte quelque part dans les coulisses de l’au-delà, tantôt près de Dendo, tantôt hors de portée de ses prières. Les lieux qu’ils habitent n’y échappent pas non plus, comme le chalet Solstice bâti à flanc de montagne, pris entre ciel et terre, endroit plein de promesses où rien n’aboutit jamais. Cette tendance s’étend jusqu’à la prose qui vacille : vive et peut-être un brin trop riche, trop généreuse lors des passages situés au Tchad, elle prend une tournure plus sobre pour la partie helvétique, reflet de l’enthousiasme et de l’espoir qui diminuent peu à peu.

Tout au long de son texte, Ndjékéry laisse poindre des références culturelles et littéraires qui semblent guider momentanément l’histoire, créant une certaine attente, sorte de délicieux frisson d’angoisse, quant à la suite des événements, mais qui finalement ne mènent nulle part. La salle interdite dans le chalet Solstice rappelle l’antre de Barbe Bleue, sans pour autant exercer une attirance assez forte pour faire basculer Dendo dans l’erreur. D’abord présentée comme une battante dont l’arme favorite est la séduction, Dendo s’effrite au fur et à mesure qu’elle se laisse happer par son nouveau mode de vie, sorte de décrescendo lui ôtant graduellement toute sympathie.

Malgré une atmosphère de suspens et une certaine inquiétude vis-à-vis l’inaptitude de certains protagonistes à utiliser les informations qu’ils possèdent pour avancer, la narration ne bascule en fin de compte même pas vers une résolution quelconque. Mosso dégage ainsi un certain relent d’impuissance, d’inabouti qui ne rend pas justice à la vigueur avec laquelle Ndjékéry commence son récit. Dendo, pourtant autoproclamée « mangeuse de vie »,  laisse le lecteur un peu sur sa faim, coincé tout comme elle dans l’attente constante d’une conclusion.

Zoé Perrenoud

Nétonon Noël Ndjékéry, Mosso, Infolio, 362 pages, 22 €

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