Les Lettres & les Arts
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Rubrique Livres d’art

“Efficace est mon action”

C’est l’histoire d’une toute petite enseigne, bronze et latin, le long de la pentue Rue du Château, à Neuchâtel. Et comme, précisément, elle a de l’histoire, elle remonte à bien avant son apposition, et se ramifie loin, dans la discrétion des grands espaces.

Jean-Jacques Eigeldinger nous propose une vue en plusieurs axes du galeriste : on parcourt cet ouvrage comme on secouerait un kaléidoscope : ce qu’on voit est varié, comme dépourvu de liens, mais né des mêmes premiers éléments et embelli de hasards qui vont tendent vers le beau. Dans un premier temps, une brève biographie nous présente l’homme. François Ditesheim ; des parents aux expositions des dernières années. S’y côtoient les peintres, sculpteurs – et littérateurs : Chappuis, Bonnefoy, et Paul Celan, dont l’épouse, fameuse graveuse, reste une merveilleuse pierre de touche pour l’établissement. Dans un deuxième temps, un entretien avec l’homme fêté nous brosse un portrait de caractère. Suit, troisième temps, un texte du réalisateur Junod : autre lieu, autre espace créatif, autres présences inattendues.

Signac au port par port

Signac est âgé de soixante-cinq ans lorsqu’il prend, en 1929, le large à bord d’une Citroën pour un long périple de deux ans. L’objectif ? Exécuter deux aquarelles des plus importants ports français. L’une pour lui-même, l’autre pour Gaston Lévy, qui finance l’expédition. L’aventure qu’entreprend alors Signac ne fera pas long feu et le mènera d’un bout à l’autre de son pays. La série d’aquarelles qui en résulte est absolument sompteuse. Révélé par Marina Ferretti Bocquillon en 2000 seulement, ce précieux ensemble était à voir cet hiver au Musée Malraux du Havre et est présenté, depuis le 12 février et jusqu’au 22 mai 2011, dans le merveilleux cadre qu’offre le Musée de La Piscine de Roubaix. Là encore, il y a de l’eau.

Le catalogue de cette exposition, qui a tout de même relevé la gageure de réunir une très importante partie de la collection Gaston Lévy et des œuvres de la succession Signac, est publié par les éditions Gallimard et recèle de petites découvertes des plus apétissantes. Après une présentation fouillée du projet de Signac, de sa rencontre avec l’homme d’affaires qui deviendra son mécène, à la réception des aquarelles de ce tour de France, le catalogue présente les 89 peintures de la série des Ports-de-France réunies pour l’exposition.

Suit une étude sur les peintres de la Marine au XIXe siècle, qui n’est pas dénuée d’intérêt, d’autant plus que Signac sollicite et reçoit ce titre en 1915. Ce texte précède une série d’œuvres, dont certaines ont été intégrées à l’exposition sur les ports de France, de la production du peintre, qui ne sont autres que des marines et des vues de ports, à l’huile, à l’aquarelle ou à l’encre brune, qu’il exécuta avant son périple et qui lui permirent d’accéder au titre de « peintre du département de la Marine ».

Une dernière section vient clore le catalogue, en s’intéressant à Vernet, un « précédent » qui, de 1753 à 1765, réalise une série de vues des ports de France, composée de quinze tableaux de format imposant, commandés par l’Etat. L’intérêt de ces deux dernières études est majeur dans l’économie du livre puisqu’elles proposent un kaléidoscope de la production de marines avant Signac, des peintres classiques – comme Le Lorrain – à Eugène Boudin, en passant par Turner, Jongkind et Corot. L’éclairage qu’apporte cette promiscuité avec l’histoire de l’art est fort bienvenue, tant la peinture de marines occupe une place importante dans l’histoire de France comme dans la succession des mouvements artistiques du XVIIIe siècle à Signac.

Bernard Vicq

Collectif, Signac. Les Ports de France, Gallimard, 222 pages, 35 €


Des vies faites oeuvres d’art

Imaginez la jet set avec du goût. Imaginez une presse people qui courrait après les célébrités pour rendre compte non pas de la dernière grossièreté d’une héritière en mal de scandale, mais de la dernière trouvaille en terme de style et d’accessoire d’une duchesse qui fait de l’ombre aux plus grands mannequins. Telle était l’époque bénie de la Café Society, qui s’étend de la fin de la première Guerre Mondiale aux années 60. Il existait, rendez-vous compte, un monde qui possédait l’argent et le goût : que d’inégalités ! Ce monde-ci s’est offert les services de tous les plus brillants génies de son époque et dans tous les domaines, d’où ce qu’on a pu désigner comme la grande effervescence des arts mineurs, mode, bijouterie, design, décoration ; les arts majeurs ne furent toutefois pas en reste et le monde en question se fit un très grand mécène de la danse, la musique, la peinture.