Les fondations du château de Versailles ne sont pas seulement constituées de pierres et de gravats, mais aussi, et peut-être même davantage, de morts, de poisons, veuleries, abus de pouvoirs, vols et autres assassinats. Le Grand Siècle connut ses petitesses, trop souvent laissées sous silence, si bien que l’on découvre, avec une légère stupéfaction, à quel point Louis XIV, et ensuite Louis XV (entre autres), se firent les meilleurs représentants de l’adage attribué à Machiavel : « la fin justifie les moyens ».
À l’origine, Louis XIII le « souffreteux », la « tapiole », « ennuyant autant qu’ennuyeux », exprime à Versailles ses pulsions de chasseur. Il s’y fait construire un modeste pavillon. Louis XIV, de ce lieu marécageux, infâme et hostile fait ériger le joyau que l’on connaît. Mais au prix le plus fort : la vie de milliers d’ouvriers, le détournement de rivière, la hausse continue des impôts. Pour la seule galerie des Glaces, joyau parmi les joyaux, les artisans confectionneurs n’avaient pas une espérance de vie bien longue tant le contact avec ces miroirs, alors au mercure, leur causait de funestes séquelles.
La cour ici rassemblée et asservie se complaisait dans un microcosme fait d’empoisonnements, rivalités, duels, coucheries, meurtres, larcins… Lorsque, plus tard, un modeste laquais, Robert François Damiens, frêle bras armé d’une conspiration balbutiante, attenta à la vie de Louis XV avec un « canif », le roi – piètrement blessé mais grandement bouleversé – ordonna que le malheureux subisse un châtiment exemplaire, inimaginable de cruauté…
Alain Baraton, maître jardinier du Domaine national de Trianon et du Grand Parc de Versailles et maître conteur, déborde d’anecdotes truculentes, développées dans un style alerte. Quatorze chapitres replacent les petites histoires dans l’Histoire : le devenir du château au lendemain de la Révolution, ou Stéphane Mallarmé, familier du parc de Versailles, qui voulait y enterrer ses chats, avec la pompe qu’il convient… Un livre divertissant qui se voudrait amèrement instructif mais qui, à trop égrener les sempiternels clichés et anecdotes sur la monarchie, ne peut nullement constituer une référence scientifique dans la connaissance du palais et de la société de cour.
Vincent Gogibu
Alain BARATON, Vice et Versailles. Crimes, trahisons et autres empoisonnements au Palais du Roi-Soleil, Grasset, 208 pages, 16 €


