En histoire comme en littérature, il y a des thèmes qui reviennent constamment et dont le traitement ne se répète pourtant jamais. Celui de la Shoah en fait partie. Fabrice d’Almeida appartient à cette catégorie de chercheurs qui savent apporter un regard nouveau sur une histoire déjà tristement célèbre. Dans son enquête sur les gardiens des camps de concentration et leurs loisirs, il répond à la question qui a hanté les tribunaux au lendemain du drame : comment des êtres humains ont-ils été capables de commettre des actes aussi inhumains ?
Le choix du titre esquisse déjà l’ombre d’une explication : Ressources inhumaines. Jeu de mot ingénieux. À travers une étude sérieuse, malgré une documentation rare, et une mise en perspective cohérente des données, Fabrice d’Almeida décrit l’organisation du corps des SS, la gestion du temps de travail et du temps libre dédié aux loisirs. La commande d’instruments de musique, de jeux, de radios ou de matériel de projection cinématographique, destinés au personnel des camps, avait été prévue et chiffrée méticuleusement par le service des ressources humaines.
L’enquête atteste de cet intérêt particulier du régime hitlérien pour le moral de ses gardiens, répondant à une logique d’efficacité. En effet, par une gestion réfléchie du personnel – c’est-à-dire une gestion humaine mettant au premier plan le droit au loisir de ses gardiens – le système nazi s’assurait l’obéissance de la collectivité SS. La culture des loisirs avait pour objectif – inhumain – de rendre tolérable le rapport entre ces hommes et la mort qu’ils donnaient quotidiennement.
Delphine Burghgraeve
Fabrice d’Almeida, Ressources inhumaines. Les gardiens de camps de concentration et leurs loisirs, Fayard, 292 pages, 16 €


