Les Lettres & les Arts
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Rubrique Histoires, autres histoires

L’expérience de l’histoire

En histoire comme en littérature, il y a des thèmes qui reviennent constamment et dont le traitement ne se répète pourtant jamais. Celui de la Shoah en fait partie. Fabrice d’Almeida appartient à cette catégorie de chercheurs qui savent apporter un regard nouveau sur une histoire déjà tristement célèbre. Dans son enquête sur les gardiens des camps de concentration et leurs loisirs, il répond à la question qui a hanté les tribunaux au lendemain du drame : comment des êtres humains ont-ils été capables de commettre des actes aussi inhumains ?

Le choix du titre esquisse déjà l’ombre d’une explication : Ressources inhumaines. Jeu de mot ingénieux. À travers une étude sérieuse, malgré une documentation rare, et une mise en perspective cohérente des données, Fabrice d’Almeida décrit l’organisation du corps des SS, la gestion du temps de travail et du temps libre dédié aux loisirs. La commande d’instruments de musique, de jeux, de radios ou de matériel de projection cinématographique, destinés au personnel des camps, avait été prévue et chiffrée méticuleusement par le service des ressources humaines.

L’enquête  atteste de cet intérêt particulier du régime hitlérien pour le moral de ses gardiens, répondant à une logique d’efficacité. En effet, par une gestion réfléchie du personnel – c’est-à-dire une gestion humaine mettant au premier plan le droit au loisir de ses gardiens – le système nazi s’assurait l’obéissance de la collectivité SS. La culture des loisirs avait pour objectif – inhumain – de rendre tolérable le rapport entre ces hommes et la mort qu’ils donnaient quotidiennement.

Delphine Burghgraeve

Fabrice d’Almeida, Ressources inhumaines. Les gardiens de camps de concentration et leurs loisirs, Fayard, 292 pages, 16 €

Marie Curie, une existence vouée à la science

« Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. » Ces propos tenus par Marie Curie résument toute une existence consacrée à la recherche scientifique. Travailleuse acharnée, pionnière dans le domaine de la radioactivité, détentrice de deux prix Nobel, elle fut – également – une femme, une mère et une épouse, des rôles qui furent occultés par son activité scientifique.

 

La face cachée de l’Histoire

Nombreux sont les récits historiques qui émanent de personnes engagées et plus particulièrement de figures politiques directement concernés par les faits contés. Si La République des catacombes retrace le parcours politique de Jean Moulin, un éminent Résistant de la Seconde Guerre Mondiale, elle prend un angle indirect tout à fait original et passionnant. Daniel Cordier, l’auteur de ce livre, n’occupait ni plus ni moins que la fonction de secrétaire de Jean Moulin et organise son récit de façon à nous plonger dans son quotidien.

« Peut-être suis-je un pitre… »

On ne perd pas son temps à la lecture du volume d’Astor, qui tentait pourtant ici un pari risqué. La figure de Nietzsche est d’une part sulfureuse et fumante encore de l’usage qu’on en fit sous le IIIe Reich, et d’autre part extrêmement mouvante; outre l’évolution de sa pensée, son caractère enflammé et la déchéance psychique de ses dernières années rendent parfois difficilement perceptible le “pourquoi” de telle idée a priori choquante.

Nadar polymorphe

Parler de Nadar, c’est attaquer un mythe, ou presque. Tout le monde, sous ces cinq lettres, qui ne sont que le pseudonyme de Félix Tournachon, sait voir le photographe qui a génialement figé le faciès des plus grands écrivains de son siècle. Il n’y a qu’à voir son portrait de Nerval pour deviner la candeur de son caractère, celui de l’utopiste Jean Journet dont le regard semble avoir découvert le pays idéalisé par Thomas More ou encore celui de Murger, qui traduit par l’image la formule que Théophile Gautier répétait volontiers à son propos : « ce sourire qui retient une larme ». Mais il y a des femmes aussi : le portrait de Georges Sand en Louis XIV est magistral, celui de l’écrivain Juliette Adam ou encore l’angélique portrait de Sarah Bernhardt.