L’exposition du Musée d’art de Pully sur Albert Muret est le fruit d’une étroite collaboration entre le musée d’art de Pully et la famille Muret. C’est ainsi que les œuvres dispersées purent être rassemblées, afin de constituer cette présentation qui constitue les prémices d’une redécouverte d’un peintre régional post-impressionniste oublié.
Albert Muret dépeint essentiellement des paysages exprimant ses sujets les plus chers, à savoir sa passion de la nature, de la chasse, de la vie campagnarde et religieuse, ainsi que du pittoresque. La majorité de ses paysages représente la commune valaisanne de Lens, source d’inspiration intarissable pour l’artiste, qui y réside de 1902 à 1920, mais également des vues du Lavaux, fruit de son retour en terre vaudoise dans les années vingt. Après son installation à Pully, Muret ne fera plus que quelques illustrations pour des recettes culinaires ou des produits du terroir qu’il ne cessera de promouvoir. Ce « bon vivant » connut donc trois phases créatrices majeures, qu’éclaire le déroulement de la visite au musée.
L’exposition s’étend sur deux étages, symbolisant chacun des marqueurs géographiques et temporels déterminant des œuvres de l’artiste. Le premier étage dévoile les oeuvres valaisannes à Lens, alors que le second comporte les vedute vaudoises ainsi que les diverses aquarelles, lithographies et illustrations culinaires de Muret. Les tableaux sont disposés de manière thématique le long des murs fortement éclairés, ce qui confère une vision et une lisibilité picturale optimales des œuvres, un point fort de l’exposition. Ces thèmes sont en principe répartis dans les diverses salles et accompagnés de citations de l’artiste, propres à chacun d’entre eux, ainsi que de magnétophones diffusant les émissions de radio de Muret ou des histoires qui l’inspirèrent. Cette symbiose entre peinture, littérature et radio confère un sens beaucoup plus fort à l’exposition : c’est le résumé de la vie active d’Albert Muret que le visiteur découvre.
Toutefois, les explications accompagnant les tableaux sont relativement simples et la moitié des œuvres n’est pas datée. Cependant, il faut garder à l’esprit que les nouveaux défis artistiques ainsi que l’extrême rigueur picturale, dont firent preuve les grands peintres de son époque, comme Cézanne, Van Gogh ou Gauguin, ne sont pas les buts recherchés par Muret, même si on dénote également chez lui une recherche de la lumière, de couleurs vives surtout, d’expression et d’atmosphère, ainsi qu’une prédominance de la touche. L’artiste appose en effet sur sa toile des touches accolées, superposées, ou encore tamponnées, tout au long de ses trois périodes créatrices déterminantes, depuis le début du XXe siècle. En résumé, le Musée d’art de Pully s’est attaché à mettre en valeur un maillon artistique régional du post-impressionnisme, un peu mis à l’écart certes, mais tout à fait représentatif des tendances picturales de son temps.
Livio Napoli
Albert Muret, Du Valais en Lavaux, Musée d’art de Pully, du 9 février 2012 au 22 avril 2012.
Le livre de l’exposition, établi sous la direction de Bernard Wyder et Christophe Flubacher, Albert Muret, Dilettante magnifique, est publié par l’Association « Les amis de Muret », 20102 (1929), 219 pages, CHF 79.–
Illustration : Albert Muret, Vaches au repos dans le pré de l’église, huile sur toile, s. d., Commune de Lens, photo R. Hofer.